Force m'est d'avouer aujourd'hui une faiblesse de ma personne. Admirez ici le courage dans l'abnégation ma façade équilibrée de femme qui sait où sont ses priorités dans la vie. Il se trouve qu'il y a une petite faille dans la mécanique réglée de mes journées. Si mesurée et pondérée sois-je, mangeant trois repas par jour contenant les trois groupes alimentaires tel que conseillé par le Guide alimentaire canadien, tentant de nourrir mon intellect d'éléments aussi enrichissant que divertissant, et me passant la soie dentaire tous les soirs de façon conscienceuse et appliquée, malgré toutes ces gestes commandés par la raison et le gros bon sens, une habitude insidieuse et perverse s'est glissée dans mon quotidien.
Tous les soirs, après le nettoyage méticuleux de ce visage au teint de plus en plus expressif (merci aux rides d'expressions qui commencent à se bousculer à la surface de ma face) qui se reflète sur le tain lisse du miroir, suite au brossage de dents dans la règle de l'art et au nettoyage de verres de contact par petits mouvements rotatifs dans la paume de la main, au badigeonnage de la dite face de produits promettant éclat et rajeunissement, c'est avec la conviction d'avoir conclu adéquatement une autre journée sans abuts et débordements que je me glisse langoureusement avec une certaine hâte retenue entre mes draps si doux pour m'abandonner à ce plaisir que je m'accorde sans vergogne depuis quelque temps.
Je branche l'accessoire dans la prise murale ; bien sûr je pourrais le faire fonctionner par piles seulement, mais il vient un temps où une femme sait ce qui lui plaît, et elle veut être certaine de pouvoir se rendre au bout de ses fantaisies sans la frustration d'un coitus interruptus inpromptu. Et qui plus est, le plaisir n'est nullement gâché par la présence du fil électrique entre ses jambes. Et là, enfin, avec un sourire de convoitise et de volupté je pèse sur la touche et je me laisse aller au sexe. Sous toutes ces formes. Et certaines soirées de plus grand besoin, ça peut durer jusqu'à deux heures de temps.
En effet, je me tape les épisodes de Sex and the City en rafale tous les soirs, au lit, sur mon ordinateur portable. Bon Dieu que c'est le fun! Des heures de plaisir. Et oui, certains soirs je n'arrive pas à me résigner à fermer tout ça... et hop! un autre petit épisode. Parfois même, un autre encore. Aucune retenue. Sombrerais-je dans la démesure?
Tout ça parque qu'un fan fini qui veut absolument que je l'accompagne pour aller voir le nouveau film de STC qui sortira en mai, tel un revendeur d'héroïne qui donne une dose gratuite à de jeunes victimes innocentes pour arriver à ses fins, m'a sournoisement mis entre les mains tous les DVD des six saisons de cette série dont je ne connaissais rien.
Voilà. Le mal est fait. Oui, je serai en sa compagnie dans une sombre salle de cinéma pour m'abadonner une ultime fois, en HD et son surround à ce plaisir. Je n'ose imaginer ce que sera la période de désintox... Comment retrouver le cours normal de ma vie après tant de sensations?